C’est dans les tuyaux depuis un moment maintenant, Gutenberg le prochain éditeur de contenu sera intégré par défaut dans WordPress dès sa version 5.0. Voici un tour d’horizon rapide. Gutenberg n’est pas un simple éditeur de texte avec une nouvelle interface, il va plus loin, beaucoup plus loin. C’est une petite révolution dans l’écosystème WordPress qui se prépare, on ne soupçonne sans doute pas encore à quel point.

Nota bene : Cette article n’a pas pour but de répondre à toutes interrogations que suscite cette prochaine version mais plutôt de sensibiliser les publics. Que vous soyez une agence, freelance ou simple utilisateur, Gutenberg sera bientôt là, posez-vous les bonnes questions.

De quoi parle-t-on ?

Au-delà de permettre la saisie texte enrichi comme TinyMCE, Gutenberg introduit le concept de blocks. Le contenu de la page n’est donc plus une simple suite de paragraphes, images, shortcodes, etc…, c’est une composition de blocs. Ces blocs peuvent définir du texte bien sûr, mais aussi des images, des mises en page en colonnes, des vidéos / son embarqués depuis des sites tiers, j’en passe et des meilleurs. Puisque qu’on parle de WordPress il va sans dire que les développeurs pourront à leur guise créer des blocs personnalisés pour satisfaire les besoins des clients pointilleux. Evolutivité, flexibilité !

Mise à jour et compatibilité

Sans surprise, qui dit nouvelle version majeur dit aussi, nouvelles fonctionnalités, nouveaux bugs, problèmes de rétrocompatibilité, suivi des mises à jours des plugins, etc… Bref il y a tu taff en perspective pour pas mal de monde. Dans quel mesure Gutenberg impactera le bon fonctionnement de nos thèmes et plugins ? encore difficile à dire pour l’instant. Beaucoup d’équipes travaillent déjà sur le sujet pour être prêt dès la sortie de cette nouvelle version, et c’est tant mieux ! Et si jamais ça marche pas ? Si notre site n’est pas compatible avec ce nouvel éditeur ? Pour ce contexte là il y aura (il y a déjà en fait) un plugin pour retrouver ce bon vieux TinyMCE à la place de Gutenberg. Ça permettra de temporiser un moment sans perdre les autres avancées des nouvelles moutures du CMS.

Vers la fin des page builders ?

La composition d’une page en blocs configurables, ça vous rappelle rien ? Tous ceux qui ont eu entre les mains un Divi, Beaver Builder, Visual Composer ou consorts diront immédiatement : OUI ! Mais alors, si WordPress intègre dans son noyau un système de blocs configurable et extensible, quel besoin d’avoir un plugin séparer qui fera le même travail ? Eh bien, ça dépend (comme toujours). Est-ce l’outil natif répondra à tous les besoins, certainement que non. Faut-il alors créer un page builder basé sur les blocs de WordPress ? peut-être. Il est encore trop top pour se prononcer sur les usages réels de ce nouvel éditeur. Mais pour moi, les page builders ont encore un bel avenir devant eux. Si Gutenberg peut répondre aux problématiques de mise en page complexe des contenus pour les rédacteurs, il ne permettra pas aussi efficacement de mettre en place la structure complète du site autour des contenus (header, menu, sidebar, footers, etc…) et je crois fermement que ce n’est pas le but. Donc les deux peuvent à mon sens coexister et seraient même plutôt complémentaires.

Et pour les utilisateurs ?

Dans un contexte d’agence ou de freelance, quid des conséquences pour les utilisateurs ? Pour l’instant l’ergonomie de Gutenberg n’est pas assez aboutie pour qu’un néophyte y prenne ses marques de façon autonome. Ça implique une chose simple : si on veut vraiment franchir ce cap, les utilisateurs finaux doivent être formés sur cette nouvelle interface. Si on doit mettre en place ces formation, comment fait-on ?

Est-ce que l’on vend aux client une formation supplémentaire, hors du périmètre et du budget de départ du projet ? Est-ce que cette formation peut faire partie d’un package maintenance déjà vendu au client (c’est-à-dire sans surcoût pour ce dernier) ? Est-ce qu’on informe le client qu’il y a une mise à jour disponible mais qu’on ne peut la faire sans surcoût ? On peut aussi faire les mises à jour en intégrant le plugin laissant TinyME par défaut sans avertir l’utilisateur… Je crois que chacun doit trouver le moyen adapté au projet et au client pour que la transition se fasse sereinement. C’est une contrainte sérieuse si on prend l’accompagnement client au sérieux, mais c’est aussi une opportunité commerciale, un moment privilégié pour recontacter des clients qu’on a pas vu depuis un moment et prouvé à ceux que l’on suit encore régulièrement que nous sommes des professionnels et restons vigilants quant à l’écosystème de WordPress et du digital.

Autre chose à penser vis-à-vis des utilisateurs finaux : Gutenberg permet un haut de niveau de personnalisation, soit, mais quel degré de liberté laisse-t-on au rédacteur ? est-ce qu’on peut laisser tous les blocs disponibles sans risque de s’écarter de la charte du site ou d’arriver à des mises en page façon Picasso ? et l’architecture de l’information, la sémantique ? est-ce que le client est formé à ces sujets ? Comment peut-t-on s’assurer que la liberté laissée par l’éditeur n’affectera pas de façon négative le SEO ou la lisibilité des contenus périphériques ? Pour certains ça ne posera aucun souci, pour les autres il faudra sans conteste une gestion fine des droits d’édition pour éviter les catastrophes.

Mais les techos dans l’histoire ?

Eh oui, il faut aussi penser à nous 😉 Bon commençons par l’évidence : fini les shortcodes et les triffouillages dans TinyMCE, ouf ! on aura enfin une manière plus élégante et plus simple pour mettre ces morceaux de contenu pré-formatés à disposition des rédacteurs. Ils pourront même avoir un aperçu en direct dans l’éditeur en même temps qu’ils écrivent, hachement mieux pour faire la mise en page ! Cependant j’émet encore quelques réserves sur l’aspect responsive des mises en pages fabriquées avec Gutenberg, et aussi sur le code HTML généré en sortie… Pour ça il faut tester plus avant.

Pour aller plus loin, j’aime vraiment le concept de Gutenberg, utilisé à bon escient je crois sincèrement qu’il permettra des développements plus homogènes, et plus uniquement des morceaux de code mis côte à côte, en ce qui concerne les modifications de l’interface de saisie et la façon dont le client crée le contenu. Moins de plugins qui entre en conflit à cause de modifications manuelles et parfois hasardeuses du DOM de la page d’admin.

La dernière grosse question qui reste pour moi maintenant est : qu’adviendra-t-il des plugins du genre ACF, CPT UI ou Pods, quel sera leur place dans cette nouvelle architecture de contenu ?

Je n’ai pas encore assez testé l’outil pour en dire plus, alors j’y retourne de ce pas.

Alors, êtes-vous prêts ? Vous l’attendez avec impatience ou vous chercherez l’alternative ?

WordPress 5.0 : la question Gutenberg
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